Le cavalier noir de Ceton
Contes & Légendes du Perche

Le Diable de la Butte de la Motte

Publié le 1 janvier 2026 · 4 min de lecture · par Vincent Duboil

Cette histoire est une réécriture contemporaine d’une légende percheronne recueillie au XIXᵉ siècle, qui situe les faits en décembre 1768 sur la route entre La Ferté-Bernard et Ceton.

Une nuit sombre sur le chemin de la Ferté-Bernard

La tradition écrite, fixée au XIXᵉ siècle, place la scène en décembre 1768, par une soirée noire sur la route reliant La Ferté-Bernard au bourg de Ceton. Une pluie fine et glaciale tombe sur la campagne du Perche, alors qu’un cavalier mystérieux, entièrement vêtu de noir, avance sur le chemin reliant la Ferté-Bernard au bourg de Ceton. Son cheval, tout aussi sombre, marche au pas, semblant épuisé par la route.

Soudain, un sifflet retentit au loin. Le cheval, à ce signal, dresse les oreilles et hennit avec une certaine joie. Le cavalier répond immédiatement par un sifflet d’argent, modulé avec précision, et continue sa route, laissant les rares paysans croisant son chemin frissonner d’étonnement et de peur. À la veille de Noël, la silhouette du cavalier et de sa monture semblait presque surnaturelle.

La butte mystérieuse

Le cavalier atteint le sommet d’une côte et aperçoit un sentier encaissé entre deux talus. Sans toucher les rênes ni prononcer un mot, son cheval s’y engage, franchissant boue et obstacles comme si la fatigue n’existait pas. Au bout de quelques minutes, la plaine s’étend devant eux, recouverte d’une neige fine qui se transforme bientôt en flocons plus épais, portés par un vent glacial. Le cavalier et sa monture paraissent désormais irréels, presque comme des figures fantastiques surgies de l’hiver.

Au pied de la butte de la Motte, couverte de broussailles épaisses, un nouveau coup de sifflet retentit. Depuis sa cachette, un paysan nommé Mathurin Friquet observe la scène, tremblant à l’idée de croiser ce mystérieux voyageur. Lorsque le cavalier s’approche, sa voix résonne de façon sépulcrale :
– Qui es-tu, pour te trouver sur mon chemin à pareille heure ?
Le paysan, intimidé, répond en balbutiant son nom et en se signant.

Une offre effrayante

Le cavalier propose alors à Friquet de monter derrière lui et de conclure un pacte : s’il se montrait loyal, il pourrait recevoir autant d’or qu’il pourrait en emporter au coup de minuit. Effrayé, Mathurin s’enfuit, mais la légende raconte que, chaque Noël, le diable revenait pour inspecter ses trésors cachés dans la butte, parmi lesquels se trouvait une énorme cloche en argent, frappée par le maître des enfers lui-même au douzième coup de minuit.

Comme souvent dans les récits du Perche, ce qui ressemble à une manifestation du diable cache en réalité une histoire très humaine, transmise de génération en génération.

Une vérité cachée

Les versions recueillies par les folkloristes du XIXᵉ siècle racontent qu’en réalité, le cavalier noir et son compagnon ne sont pas le diable, mais les agents d’une bande de faux‑monnayeurs qui utilisent la peur des habitants pour protéger leurs richesses. Ils entrent dans une petite grotte dissimulée sous les broussailles, prennent un léger repas et continuent leur conversation. Le feu qu’ils allument sur la butte à minuit crée l’illusion de forces infernales, renforçant la croyance populaire que Satan veille sur ces lieux.

La peur des habitants

Le lendemain, Mathurin raconte son aventure à un groupe de paysans, qui s’émerveillent et s’effraient de son récit. Certains affirment avoir vu le feu sur la butte et entendu les éclats de rire du diable. Ainsi, l’histoire se transforme en légende : chaque année, la peur et le mystère entourant la butte de la Motte sont entretenus, et les habitants évitent l’endroit, convaincus qu’il est hanté par le diable.

Une légende toujours vivante

Même au XIXᵉ siècle, de jeunes hommes osèrent passer la nuit de Noël sur la butte, mais furent accusés de malédiction et montrés du doigt. La légende a été fixée par écrit à la fin du XIXe siècle par les folkloristes du Perche, avant d’être régulièrement reprise dans les recueils de contes locaux, ce qui en fait aujourd’hui un élément à part entière du patrimoine imaginaire de Ceton. Pour les curieux, la butte de la Motte se découvre comme un simple relief boisé au cœur de la campagne percheronne, mais ceux qui connaissent l’histoire ne la regardent plus tout à fait de la même façon. La légende du cavalier noir et de sa monture infernale continue d’enflammer l’imaginaire local, rappelant que certaines richesses ne sont pas faites pour les hommes, et que la peur peut être le plus puissant des gardiens.

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