Cette histoire est une réécriture contemporaine d’un conte recueilli par P. Pitard au XIXe siècle, qui situe les faits à Longny.
Quand Longny cachait un trésor
Aujourd’hui paisible, le village de Longny les Villages, dans l’Orne, fut autrefois le théâtre d’une légende fascinante et terrifiante. Au cœur de la campagne, une butte mystérieuse, nommée Malbrun, serait le refuge d’un trésor souterrain gardé par nul autre que le diable lui-même.
Depuis des siècles, on raconte que Satan, aussi avare que puissant, aurait caché dans cette butte d’innombrables richesses. Mais il y avait une condition, seuls les hommes assez audacieux et habiles pouvaient accéder à ces trésors à certaines époques précises, notamment la nuit de Noël, pendant la durée de l’élévation du Saint-Sacrement. Si l’intrus tardait, la butte se refermait et il était perdu à jamais, prisonnier du maître des lieux.
L’histoire d’un amour impossible
Au cœur de cette légende, se trouve l’histoire tragique d’un pauvre clerc au service d’un procureur du Châtelet, originaire de Longny. Épris de la fille d’un riche commerçant juif, il voyait son amour rejeté, non seulement à cause de sa condition sociale modeste, mais aussi à cause de la différence de religion. Le père de la jeune fille, méfiant et sévère, empêchait toute relation, et notre amoureux voyait ses espoirs s’évanouir.
La pauvreté et le désespoir le rongeaient. Il songea alors à un moyen de gagner la fortune nécessaire pour conquérir sa bien-aimée. C’est ainsi qu’il se rappela la butte Malbrun et ses trésors cachés, connus pour être accessibles uniquement la nuit de Noël, lorsque Satan était momentanément impuissant.
Le trésor souterrain
Le 24 décembre, le jeune clerc se rendit à la butte, muni d’un sac et d’un courage immense. Au moment précis de l’élévation, la terre s’ouvrit et des monceaux d’or et de diamants apparurent, éblouissant ses yeux. Il se précipita, emplissant son sac, mais son avidité le fit hésiter et revenir vers les pierres précieuses.
C’est alors que la butte se referma brutalement. Prisonnier du diable, le clerc ne perdit pourtant pas courage et se mit à creuser avec une pioche et une pince, repoussant la fatigue et la faim. Après un travail long et acharné, la pierre qui bloquait sa sortie se déplaça, laissant apparaître le ciel nocturne.
Il s’élança alors vers la liberté, mais la magie du trésor était cruelle : à chaque pas, des pièces d’or tombaient de son sac et retournaient dans la terre. À la fin de sa course, il constata que son sac, censé être rempli de richesses, n’était plus qu’à moitié plein.
Une fin tragique
Lorsque le jeune homme se pencha pour se désaltérer dans un ruisseau, il vit son reflet. En un instant, les années l’avaient rattrapé : ses cheveux étaient blancs, son visage marqué par de profondes rides, et ses vingt ans avaient disparu. Terrifié, il poussa un cri et tomba mort. Le diable, moqueur, avait remporté son bien. Lorsque les habitants accoururent pour voir ce qui s’était passé, ils ne trouvèrent plus rien : le corps avait disparu, et le trésor restait inviolé.
Depuis ce jour, personne n’a osé s’aventurer dans les souterrains de la butte Malbrun. La légende perdure, rappelant aux hommes que l’avidité et le désir de richesse peuvent coûter bien plus que l’or.

Un symbole de mystère
La butte Malbrun est aujourd’hui un lieu de légende, symbole des trésors cachés et des épreuves liées à la convoitise humaine. Elle continue de fasciner les habitants et les visiteurs, qui se souviennent des avertissements anciens et du terrible pouvoir du diable sur ses richesses.

